enC’est par ce symbole qu’Ann Huybens aime à se définir parfois. Le signe démarre, se tord, s’enroule sur lui-même, pour finir par se donner, avec élégance. Un acte de plaisir, caractéristique du rapport qu’elle entretient avec les femmes qu’elle habille.


Elle dessine ses vêtements à partir et autour du corps, selon un système de sur mesure imparable, qui lui a été enseigné par un certain Monsieur Rose…Les dimensions partent toutes d’un seul point, névralgique, et viennent naturellement se poser tout autour du corps.


Et ce corps lui parle. Car il est quelqu’un auquel Ann Huybens accorde toute attention. Quand elle habille, elle dialogue, écoute les histoires, éveille le désir de chacun. En cela, chaque pièce est unique, car elle est le fruit d’une relation intime.


Ce qui l’attire dans la Haute Couture, c’est le raffinement général du modèle, mais aussi la plongée dans la profondeur du détail. Pour elle, la beauté est à la croisée de plusieurs chemins. Le temps passé, les qualités de matières employées, leur caractère parfois anachronique, mais se révélant toujours justement choisi. La femme n’est pas un support qu’on garnit, mais quelqu’un qui se révèle. D’évidence. Poussée hors d’elle, qui se donne et qui se plaît. La séduction, l’érotisme, le caractère.


Ann Huybens entretient des rapports étroits, de pratique avec la danse, l’art contemporain et la littérature. De ce fait, ces défilés sont plus proches de performances que du modèle qu’on voit se répéter sempiternellement. La séduction est vécue de l’intérieur vers l’extérieur. Avec une forte charge émotionnelle, parfois crue et dramatique, mais toujours avec lyrisme. Sur sa Collection de Couture sur mesure « Night & », et précisément sur une année, Ann Huybens a sorti 347 ensembles. 347 histoires, donc, qui en font presque une par jour…

© text Philippe Blondez